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L’immunisation est-elle sécuritaire ? (Première partie)


Par Yves Robert, M.D. M. Sc., médecin-conseil en maladies infectieuses ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec

Depuis que les premiers produits immunisants ont été utilisés au XVIIIe siècle, il y a toujours eu des détracteurs remettant en question leur pertinence et leur sécurité. La variole a été la première maladie éradiquée de la surface de la terre et on prévoit, d'ici 2010, l'éradication de la rougeole et de la poliomyélite.


La médecine a rarement accès à des produits pouvant prévenir et même éliminer une maladie. Pourtant, c'est le cas des vaccins qui ont rapidement réduit le fardeau des maladies infectieuses.
   La variole a été la première maladie éradiquée de la surface de la terre et on prévoit, d'ici 2010, l'éradication de la rougeole et de la poliomyélite.

 

La diphtérie et le tétanos sont devenus rares grâce à la vaccination, mais leur contrôle repose sur le maintien soutenu des programmes d'immunisation, car un relâchement de ces efforts favorisera leur recrudescence, comme ce fut le cas de la diphtérie dans l'ancienne Union soviétique au début des années 1990.

Au Québec, depuis l'introduction, il y a une douzaine d'années, dans le calendrier régulier d'immunisation d'un vaccin spécifique contre l'Hæmophilus influenzae de type b, les infections graves causées par la bactérie (méningite et épiglottite) ont pratiquement disparu.

Ces succès sont responsables d'un effet paradoxal. En effet, ne voyant plus la menace que représente la maladie infectieuse visée, la pertinence de l'immunisation est questionnée et mise en doute. Bien plus, des rumeurs non fondées d'effets nocifs alimentent ce doute. Cet article tentera donc d'identifier les questions les plus fréquemment posées dans le domaine de la sécurité vaccinale.

1- Qu'est-ce qu'un vaccin ?

Un vaccin est un produit qui permet au système de défense du corps humain, appelé système immunitaire, de se « pratiquer » à éliminer un microbe responsable d'une maladie infectieuse grave, sans provoquer la maladie. Un vaccin est fait à partir d'un microbe tué ou d'une des parties d'un microbe, ce qui le rend incapable de causer la maladie, tout en permettant au système immunitaire de fabriquer des éléments défensifs appelés anticorps, lesquels permettront de détruire rapidement le « vrai » microbe si la personne le rencontre plus tard.

 

2- Comment est fabriqué un vaccin ?

Les technologies de fabrication de vaccins ont considérablement évolué au cours des années pour devenir de plus en plus sécuritaires. Les produits utilisés maintenant sont plus purifiés qu'ils ne l'étaient auparavant, afin de garder seulement les portions des micro-organismes utiles à la production d'anticorps protecteurs et d'enlever celles qui pourraient représenter un risque d'effet secondaire.

L'utilisation des vaccins en fiole unidose rend maintenant superflu l'ajout d'un produit antiseptique tel que le thimérosal, utilisé avant 1995, pour éviter la contamination lors de l'utilisation de fioles multidoses.

3- Le système immunitaire peut-il se « fatiguer » ?

Le système immunitaire fonctionne de manière autonome pour protéger l'individu contre les agresseurs externes et fonctionne sans arrêt de façon standard et stéréotypée. Lorsqu'il rencontre un agresseur pour la première fois, un phénomène de « reconnaissance » de l'agresseur se produit et mène à la production d'anticorps spécifiques visant à le détruire. Un délai s'écoule entre le moment de l'entrée de l'agresseur dans le corps et le développement des premiers anticorps dans le sang. Ce délai est parfois suffisant pour permettre à l'agresseur de provoquer des symptômes. Après une première rencontre avec un micro-organisme, le système immunitaire garde en mémoire cette capacité à produire des anticorps spécifiques. Lorsque le même agresseur se présente une deuxième fois, la production d'anticorps est presque immédiate. L'agresseur est éliminé aussitôt entré et la maladie est évitée. C'est cette mémoire du système immunitaire qui est exploitée par les produits immunisants.

Le système immunitaire fait face à des centaines d'agresseurs tous les jours. En théorie, il n'y a pas de limite à sa capacité de réponse, ou, s'il y en a, elle est très élevée. Comme pour tous les systèmes du corps humain, certaines maladies comme le cancer ou le sida peuvent spécifiquement affecter le système immunitaire.

Les vaccins n'ont pas la capacité de surcharger ou de modifier le fonctionnement normal du système immunitaire car, étant fabriqués par des composants purifiés, ils sont éliminés facilement par le système immunitaire.

4- Que fait-on pour s'assurer de la sécurité des vaccins ?

La sécurité des vaccins est une priorité des autorités de la santé publique. Tout produit injectable peut être associé à des symptômes survenant après son administration, incluant les vaccins. Une réaction inflammatoire locale est prévisible au site d'injection. La réponse du système immunitaire lors de l'administration d'un vaccin peut être associée à des symptômes généraux comme la fièvre.

Avant la mise en marché des produits, plusieurs études cliniques sont faites, avec des exigences de plus en plus sévères. Ces études permettent d'évaluer les effets attribuables au produit, et de les comparer à ceux d'autres produits immunisants.

Après la mise en marché des vaccins, des programmes de surveillance recherchant des manifestations attribuables à la vaccination sont en place, et les vaccinateurs sont tenus de déclarer les effets secondaires temporellement associés à une immunisation et les personnes vaccinées sont invitées à rapporter toute difficulté associée à la vaccination. Si une manifestation inhabituelle est observée, des enquêtes sont aussitôt effectuées pour documenter la situation et prendre les mesures appropriées, que ce soit des modifications dans la fabrication, le retrait d'un produit ou d'un lot de produits, ainsi que le suivi des personnes immunisées.

Le Québec a été un pionnier en Amérique du Nord, en mettant en place un programme d'indemnisation pour les personnes qui présenteraient des séquelles permanentes associées à une immunisation. Même si ces situations sont extrêmement rares, rien n'est négligé pour permettre aux collectivités de bénéficier des bienfaits des programmes d'immunisation. Quand un questionnement survient à grande échelle sur une association possible entre une immunisation et une manifestation clinique quelconque, des mécanismes nationaux et internationaux sont en place pour documenter et statuer sur les suites à donner.

C'est ce que nous verrons dans le prochain article.

Dernière mise à jour :
29 mai 2009