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Les pères du Québec - Introduction

Les soins et l'éducation de leurs jeunes enfants : Évolution et données récentes

Table des matières



Résumé


Au cours des dernières années, plusieurs changements démographiques et législatifs, combinés à l’évolution des mentalités et des comportements, ont contribué à projeter l’image d’un nouveau père, plus impliqué dans la relation avec ses enfants et dans la prise en charge des activités parentales. Cela se vérifie au Québec ainsi que dans plusieurs pays industrialisés.

Le présent document permet de jeter un éclairage particulier sur la situation de la paternité au Québec. Il propose d’abord un tour d’horizon des connaissances sur l’engagement des pères et ses déterminants, ses facilitateurs et ses obstacles, bref sur les facteurs qui sont le plus susceptibles d’influencer les pères en ce début de 21e siècle. Il présente également des résultats inédits sur la participation actuelle des pères québécois aux soins et à l’éducation de leurs jeunes enfants ainsi que sur les facteurs qui l’influencent.

Les recherches au sujet de l’engagement des pères québécois montrent d’abord que cet engagement s’est profondément modifié au fil du temps et qu’il se manifeste maintenant de plusieurs manières. Le partage des responsabilités parentales apparaît aujourd’hui comme un arrangement à construire entre les parents, en tenant compte de situations multiples et variables dans le temps, dont certaines concourent à favoriser l’engagement paternel et d’autres, à le freiner. Les déterminants de l’engagement des pères auprès de la famille et des enfants sont multiples et leur influence respective reste à mesurer pour nombre d’entre eux.

L’analyse des données de l’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ÉLDEQ) permet, quant à elle, de faire ressortir plusieurs résultats à propos de l’engagement paternel, sous l’angle de la nature et de la répartition des tâches accomplies et de certains facteurs qui le font varier. On constate notamment que :

  • La participation des pères varie beaucoup selon la nature des tâches liées aux soins et à l’éducation des enfants :
    • peu de pères assument exclusivement ou le plus souvent les responsabilités de la vie quotidienne des enfants;
    • l’exercice égalitaire du rôle parental est plus courant dans l’accomplissement de certaines activités parentales, en particulier lorsqu’il est question de jouer avec les enfants et, dans une moindre mesure, de les mettre au lit et de prendre en charge leurs déplacements;
    • l’aide aux devoirs, l’habillage et la prise en charge des enfants malades restent encore l’apanage des mères, qui assument ces tâches dans plus de six familles sur dix.

  • Les pères dans les familles à deux emplois sont plus enclins à participer au moins autant que leurs conjointes aux soins et à l’éducation de leurs enfants.
  • Les familles où il y a une répartition égalitaire du travail domestique entre le père et la mère sont celles où il y a une répartition plus égalitaire des responsabilités parentales.
  • Les pères sont plus enclins à être impliqués dans l’aide aux devoirs dans les couples où chacun des conjoints a complété des études postsecondaires.
  • Les couples issus de l’immigration semblent plus enclins que les autres à partager de manière égale les responsabilités parentales.

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Introduction


À quelques reprises, au cours des dernières années, l’actualité a ramené la question des pères à l’avant-plan au Québec, et on a vu de plus en plus de chercheurs et d’intervenants se préoccuper de la paternité. En témoignent, notamment, les nombreux résultats de recherches amorcées depuis le début des années 1980. Ces travaux convergent vers la reconnaissance de l’importance du rôle du père pour la santé et le bien-être des enfants, qu’il s’agisse de la prise en charge de la responsabilité de leur vie quotidienne et de la planification de leur routine, de l’établissement d’interactions affectives ou d’une disponibilité (sans qu’il y ait nécessairement de contact direct avec eux).

En parallèle, les organismes gouvernementaux se sont aussi intéressés à la question de la paternité et de sa valorisation. Le ministère de la Santé et des Services sociaux a amorcé le mouvement en publiant le rapport Un Québec fou de ses enfants1, en 1991. Le ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille a ensuite commandé et publié le rapport Les hommes : s’ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins2, en 2004, grâce aux travaux du Comité de travail en matière de prévention et d’aide aux hommes. L’Institut national de santé publique du Québec a publié en 2005 Images de pères : une mosaïque de pères québécois3, un document mettant en relation diverses données d’enquêtes et de recherches pour illustrer la paternité actuelle. Ensuite, le Conseil de la famille et de l'enfance (CFE) intervenait, en 2008, avec son rapport annuel portant spécifiquement sur l’engagement des pères4.

Les organismes gouvernementaux ont également mis en oeuvre, au cours des dernières années, un ensemble d’interventions publiques visant à inscrire au coeur de leur action la valorisation du rôle des pères et leur engagement auprès de leurs enfants. Parmi celles-ci figure plus récemment le Plan d’action gouvernemental 2007-2010 pour l’égalité entre les femmes et les hommes, découlant de la politique Pour que l’égalité de droit devienne une égalité de fait. On y trouve une série de mesures visant à soutenir l’apprentissage et l’exercice égalitaire du rôle parental et à favoriser la répartition équitable des responsabilités familiales entre les pères et les mères (consulter l’encadré « L’engagement paternel et la Politique pour l’égalité entre les hommes et les femmes », à la p. 4). L’engagement des pères auprès de leurs enfants occupe également une place importante dans le Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), mis en place le 1er janvier 2006, puisqu’un congé de paternité pouvant aller jusqu’à cinq semaines peut désormais être accordé aux pères admissibles. Le congé de paternité poursuit un double objectif : d’une part, inciter les pères à se prévaloir d’un congé au cours de la période postnatale et, d’autre part, inviter les milieux de travail à reconnaître les responsabilités parentales des pères. Enfin, on trouve dans la Politique de périnatalité 2008-2018, rendue publique au printemps 2008, différents énoncés dénotant une volonté publique claire d’encourager et de soutenir l’engagement direct, précoce et soutenu de tous les pères qui accueillent un enfant dans leur vie. L’exercice de la paternité par le jeune père y est clairement présenté comme une responsabilité collective.

Le ministère de la Famille et des Aînés (MFA) étudie également depuis quelques années la question de l’engagement des pères. Parallèlement à sa participation aux travaux du Comité de travail en matière de prévention et d’aide aux hommes, puis à ceux du Comité interministériel sur les réalités masculines5, le MFA a mené une réflexion sur la place des hommes dans la famille. Le présent document a pour objectif de présenter le fruit de certains de ces travaux et de leurs analyses sur le sujet. Plus précisément, il vise à faire un tour d’horizon de ce que l’on sait de l’engagement des pères, de ses déterminants, de ses facilitateurs et de ses obstacles qui sont les plus susceptibles d’influencer les pères du Québec en ce début de 21e siècle. Il vise également à présenter des données et des résultats inédits sur la participation actuelle des pères québécois aux soins et à l’éducation des jeunes enfants et sur les facteurs qui l’influencent.

Ce document s’organise comme suit. Un bref tour de la littérature portant sur l’engagement des pères permet d’abord de faire le point sur l’évolution de l’engagement paternel au Québec, les définitions qu’on en donne, les formes diversifiées qu’il prend, ainsi que sur ses principaux déterminants. La partie qui suit traite d’une étude empirique de l’engagement des pères québécois et décrit ses principaux résultats. Les analyses effectuées s’appuient sur une exploitation des données du volet 2006 de l’Étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ÉLDEQ). Enfin, la conclusion fait ressortir les principaux résultats obtenus et met en lumière leurs implications sociales et politiques au regard des préoccupations contemporaines liées à l’engagement paternel, notamment l’égalité des sexes, la conciliation travail-famille (CTF) et la réussite éducative des enfants.

L'engagement paternel et la politique pour l'égalité entre les femmes et les hommes

L’engagement des pères auprès de leurs enfants occupe une place particulière dans la politique Pour que l’égalité de droit devienne une égalité de fait, rendue publique en 2006. Les liens entre l’engagement paternel et l’atteinte de l’égalité ressortent nettement de deux des orientations de la politique, soit la promotion de modèles et de comportements égalitaires, et une meilleure conciliation des responsabilités familiales et professionnelles.

La politique souligne que la division sociale des rôles des femmes et des hommes quant aux responsabilités familiales est encore très traditionnelle au sein de nombreuses familles, les mères se chargeant encore en grande majorité des soins aux enfants. La promotion de l’engagement paternel est vue comme un moyen favorisant l’exercice égalitaire des rôles parentaux.

Par ailleurs, le document reconnaît que les femmes éprouvent davantage de difficulté que les hommes à relever le double défi de l’emploi et de la famille, en dépit des progrès observés en matière de conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale depuis une quinzaine d’années. Cette conciliation pose donc toujours un problème d’égalité entre les hommes et les femmes, tant dans la sphère privée que dans la sphère publique. Dans ce contexte, le partage égalitaire des tâches entre les femmes et les hommes de même que l’accomplissement de chacun et chacune, tant sur le plan familial que sur le plan professionnel, passent notamment par un plus grand engagement des pères dans l’univers familial.

Le présent document s’inscrit dans le cadre du plan d’action découlant de la Politique gouvernementale pour l’égalité entre les femmes et les hommes, où le MFA s’était engagé à mener une étude sur les tendances et les déterminants de l’engagement des pères dans la famille et auprès des enfants.

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TOUR D’HORIZON DE L’ENGAGEMENT PATERNEL


Mince partie de la vaste problématique de la condition masculine, la question de l’engagement paternel est complexe et exige la prise en compte de multiples facteurs et dimensions de tous ordres. Le CFE a pris l’engagement des pères pour thème de son rapport 2007-2008 sur la situation et les besoins des familles et des enfants. Ce rapport présente, notamment, une esquisse sociale des pères ainsi que des données et des réflexions sur leur investissement pour leurs enfants. Il traite également d’un ensemble de facteurs personnels, familiaux, sociaux et politiques qui favorisent l’engagement paternel ou qui lui font obstacle. L’objectif de notre étude, en s’appuyant entre autres sur les travaux du CFE, est d’alimenter les réflexions par des données inédites sur l’investissement paternel auprès des enfants. Pour bien camper nos analyses, notre étude fait d’abord un tour d’horizon sur l’engagement paternel, son évolution et ses déterminants. Cette partie s’appuie sur une revue de la littérature et des résultats de recherches disponibles principalement au Québec et fait quelques incursions dans les travaux états-uniens et européens.

1. Évolution du modèle paternel


La question de l’engagement des pères se situe dans un contexte social et historique sur lequel il convient de revenir rapidement.

De fait, si l’on s’interroge aujourd’hui sur la place et le rôle des hommes dans la famille et auprès des enfants, c’est d’abord parce que le modèle « traditionnel » de père est remis en cause, comme c’est le cas d’ailleurs dans plusieurs pays développés. La déconstruction de ce qu’on pourrait appeler le pater familias traditionnel s’amorce dès la fin du 19e siècle (Dulac, 1997). Au gré de l’évolution sociale, la remise en question du concept d’autorité paternelle se répand dans la littérature pour se transformer, au Québec, en un concept d’autorité parentale dorénavant attribuée aux deux parents. La critique de l’autorité, et de son exercice privilégié par le père, s’incarne également dans le mouvement de contre-culture porté par la génération du baby-boom. Au Québec, s’ensuivra la Révolution tranquille, qui voit l’émergence des revendications du mouvement des femmes, la laïcisation de la société, la remise en question des institutions, dont la famille, du statut et du rôle du père dans celle-ci, puis l’instauration d’un ensemble de nouvelles mesures sociales.

Les premiers travaux menés sur la paternité portent sur le rôle du père dans la socialisation des enfants, leur développement ou les problèmes qu’ils rencontrent. D’autres travaux s’attardent au partage inégal des responsabilités au sein des ménages et à la nature des responsabilités assumées par chacun des conjoints. D’autres encore s’intéressent aux effets de l’absence du père sur le développement de divers problèmes chez l’enfant. Pour plusieurs, ils mettent surtout en évidence l’absence et la passivité du père.

Dans les recherches des années 1970 et 1980, on assiste progressivement à la reconstruction du rôle paternel et on s’intéresse, notamment, aux capacités parentales du père en établissant que « les pères ont des compétences et peuvent prendre soin des enfants, même très jeunes » (Dulac, 1997 : 136). Au cours des années 1990, on rappelle haut et fort l’importance du père dans la vie des enfants : sur le plan du développement émotif et psychologique, avec Père manquant, fils manqué (Corneau, 1989), sur le plan de l’attachement père-enfant, avec Un Québec fou de ses enfants (Bouchard, 1991) et sur le plan des conditions de vie, avec la loi permettant la perception automatique des pensions alimentaires, en 1995.

Les travaux des années 2000 marquent la reconnaissance de la diversité des contextes familiaux et des formes de paternité en s’intéressant notamment à la paternité en contexte de rupture d’union et en contexte d’immigration, de même qu’à la question de la paternité et de l’homosexualité. D’autres travaux s’intéressent à la paternité comme projet identitaire. Être père est plus qu’un rôle social à assumer, c’est un projet identitaire à réaliser : « Ce n’est plus tant la réalisation de tâches, de fonctions ou d’obligations qui servent à définir les contours de la conduite des pères auprès de leurs enfants et dans leur famille. C’est plutôt ce que les hommes acceptent (ou plus précisément, négocient!) d’engager d’eux-mêmes dans le rôle paternel qui en constitue la substance. » (Lacharité, 2009 : iii). Le modèle du père qui tend à devenir la norme est axé sur une coparentalité effective, multiforme et négociée entre les parents, qu’ils vivent ou non sous le même toit.

Parallèlement, on observe une participation accrue des femmes à la vie sociale et économique, notamment dans leur participation au marché du travail et dans la progression de leur scolarisation. Les données de l’Enquête sur la population active indiquent à ce sujet que le taux d’activité des Québécoises, bien qu’il demeure inférieur encore aujourd’hui à celui des hommes, n’a cessé de croître, passant de 45,8 % en 1976 à 73,8 % en 20096. Chez les couples ayant des enfants de moins de 6 ans, le taux d’activité des mères québécoises est passé de 29,7 % en 1976 à 76,7 % en 2008 (Institut de la statistique du Québec, 2010). Les femmes ont également investi massivement les bancs d’école depuis et ont aujourd’hui des taux d’obtention de diplômes supérieurs à ceux des hommes dans tous les ordres d’enseignement (ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, 2010). Ces transformations génèrent des pressions additionnelles pour une implication plus active des pères dans la sphère domestique et parentale. Ainsi, la question de l’engagement des pères et celle de la participation des femmes au marché du travail apparaissent liées.

Par ailleurs, les nombreuses recherches portant sur le partage des tâches au sein des couples constatent assez systématiquement que le degré d’engagement des pères est encore inférieur à celui des mères en ce qui a trait au temps consacré aux responsabilités familiales et parentales. Nous verrons dans la deuxième partie de ce document comment se partagent, au Québec, les responsabilités liées à l’éducation et aux soins des enfants.

 

Juin 2011

Recherche et rédaction :
Philippe Pacaut, Isabelle Gourdes-Vachon et Sabin Tremblay
Direction de la recherche, de l’évaluation et de la statistique
Direction du développement des politiques – Famille et Aînés
Direction générale des politiques
Ministère de la Famille et des Aînés

Lecture commentée :
Maude Rochette et Donald Baillargeon
Ministère de la Famille et des Aînés

Mise en pages :
Direction des communications (couverture)
Joanne Daigle et Nicole Bouchard
Ministère de la Famille et des Aînés

Remerciements spéciaux pour leur collaboration :
Nos remerciements à Donald Baillargeon, Maude Rochette et Louise Dallaire, du ministère de la Famille et des Aînés, pour leur implication dans cette recherche et leur collaboration étroite tout au long de l’élaboration de ce document


  1. Camil BOUCHARD et autres (1991), Un Québec fou de ses enfants, Québec, Ministère de la Santé et des Services sociaux, 175 p.
  2. Lucie GAGNON (2004), Les hommes : s’ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins, Québec, Ministère de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, 41 p.
  3. Gilles FORGET (2005), Images de pères : une mosaïques de pères québécois`, Québec, Institut national de santé publique du Québec, 47 p.
  4. Donald BAILLARGEON (2008), L’engagement des pères : Le Rapport 2007-2008 sur la situation et les besoins des familles, Québec, Conseil de la famille et de l’enfance, 120 p.
  5. Comité chargé du suivi et de la mise en oeuvre des recommandations énoncées dans le rapport Les hommes : s’ouvrir à leurs réalités et répondre à leurs besoins.
  6. Pour le femmes âgées de 15 à 64 ans.

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Dernière mise à jour :
28 janvier 2015