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Comité national d’éthique sur le vieillissement et les changements démographiques

Le Conseil des aînés [1] du Québec a publié, en 2001, un document proposant la mise en place d’un « comité provincial d’éthique sur le vieillissement individuel et collectif [2] ». Le Conseil avait alors décelé le besoin de créer un lieu permanent de discussion et de prise de position face aux enjeux éthiques associés au vieillissement, autant du point de vue de l’individu que de celui de la société. Avec les changements démographiques qui surviennent au Québec, caractérisés notamment par une accélération sans précédent du vieillissement [3], les enjeux éthiques liés à ce dernier sont devenus d’une exceptionnelle acuité. D’où la mise en place, en février 2008, par le Conseil des aînés, du Comité national d’éthique sur le vieillissement et les changements démographiques (CNEV).

Le CNEV est une instance permanente indépendante qui vise à soutenir la réflexion en ce qui a trait aux enjeux éthiques liés au vieillissement individuel et collectif. L’éthique est définie ici comme une « démarche discursive et réflexive qui porte sur le caractère moral de nos pensées et de nos actes, c’est-à-dire sur leur potentiel de correspondance à nos aspirations les plus profondes, à nos valeurs [4] ». L’éthique est donc définie ici comme un type de réflexion particulier, qui permet de déterminer les finalités sous-jacentes à nos opinions et comportements, pour un individu ou même pour une organisation. C’est-à-dire qu’une telle réflexion mène inévitablement à clarifier les valeurs qui guident nos actions. En ce sens, les valeurs sont des principes d’une nature particulière, de nature dite éthique. Elles structurent notre vie en nous servant de référence pour établir des priorités et faire des choix selon des finalités qu’il est possible de clarifier et de reconnaître à partir d’un type de raisonnement particulier, soit un raisonnement de nature éthique.

L’évolution de la société québécoise, à l’instar de celle des autres sociétés occidentales, impose à la fois de questionner et de clarifier les valeurs qui concernent le vieillissement, et ce, tant du point de vue de l’individu que de la société. En effet, ce sont d’abord et avant tout les valeurs portées par la société civile, les institutions publiques et les autres acteurs sociaux, qui déterminent leurs comportements face aux personnes aînées et, de façon plus générale, face au vieillissement de la population. Cependant, à l’heure actuelle, les principes éthiques orientant nos actions ne sont pas rendus explicites, ce qui empêche un véritable questionnement sur leurs implications concrètes au quotidien. La création du Comité national d’éthique sur le vieillissement et les changements démographiques suppose que l’adaptation systématique de nos comportements et de nos institutions aux valeurs portées par la société, passe inévitablement par une connaissance approfondie de ces valeurs et de leurs implications concrètes dans la réalité des individus et des communautés.

Il est en effet reconnu que depuis les années 1960, les repères qui orientent nos actions individuelles et sociales ont été constamment remis en question et ont donc connu des mutations importantes. En relation avec cette redéfinition de nos valeurs sociales et individuelles, la structure de la vie en société s’est profondément modifiée. Par exemple, la reconnaissance de l’égalité des sexes s’est réalisée parallèlement à une participation accrue des femmes au marché du travail, ce qui s’est répercuté notamment sur une nouvelle façon de concevoir les rapports familiaux. Il en est de même dans tout un ensemble de réalités sociales, ce qui se doit d’être reconnu clairement et assumé pleinement, tant par la société civile que par nos institutions.

Une telle reconnaissance des valeurs sous-jacentes à nos actions actuelles et futures permettra ainsi de soutenir l’élaboration de politiques et d’orientations, que ce soit au sein du gouvernement lui-même ou dans tout organisme qui doit préciser les valeurs qui sont à privilégier dans le cadre de ses propres activités. L’évolution des institutions par rapport aux valeurs qui concernent le vieillissement individuel et collectif sera ainsi mieux assurée, dans la mesure où existeront des balises claires sur lesquelles s’appuyer dans l’élaboration de ses orientations ou politiques. Le ministère de la Famille et des Aînés, en premier lieu, sera dès lors mieux outillé pour accomplir son travail de vigie et comme interlocuteur privilégié du gouvernement en matière de vieillissement.

Le CNEV cherche donc, d’une part, à déterminer ce qui est consensuel et, d’autre part, ce qui est problématique et exige un débat social sur le plan des valeurs en lien avec le vieillissement. Par son impartialité notamment, le CNEV constitue un lieu privilégié pour réaliser les débats qui s’imposent, afin de contribuer à une orientation cohérente de notre devenir collectif au regard du phénomène du vieillissement et des changements culturels et démographiques. Le processus de production des avis et autres travaux du Comité vise à susciter la participation la plus large possible de la population, des divers groupes d’intérêt et des experts dans les différents domaines concernés par les travaux du Comité.


[1] Les activités du Conseil des aînés relèvent du ministère de la Famille et des Aînés depuis le 1er juillet 2011. Le Conseil des aînés a été aboli en vertu du projet de loi no 130, visant l’abolition, la fusion et l’intégration de plusieurs organismes et fonds, adopté en juin 2011.

[2] CONSEIL DES AÎNÉS, Comité provincial d’éthique sur le vieillissement individuel et collectif : Cadre théorique, procédures et perspectives, Québec, 2001.

[3] INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC, « Perspectives démographiques, Québec et régions, 2001-2051 », Québec, in CONSEIL DES AÎNÉS, La réalité des aînés québécois, « Proportions projetées de la population des 17 régions administratives du Québec, selon certains groupes d’âge, 2001-2026 », Québec, Les publications du Québec, 3e édition, p. 191.

[4] CONSEIL DES AÎNÉS, Comité provincial d’éthique sur le vieillissement individuel et collectif : Cadre théorique, procédures et perspectives, Québec, 2001, p. 9.

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